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Inventaire participatif, identification et évaluation des sites clés de la biodiversitéCinq objectifs spécifiques ont été fixés pour cette étude :
Approche méthodologique adoptée
L’étude a été basée sur les méthodes thématiques classiques combinées avec l’approche participative. Elle a été conduite en plusieurs étapes, à savoir : i) une tournée de reconnaissance qui a permis une première stratification des milieux et justifié le choix du site pilote pour conduire l’étude détaillée et des autres sites ; ii) un atelier de démarrage/formation en vue de faciliter la communication entre les différents interlocuteurs, de présenter la méthodologie détaillée, d’élaborer et de finaliser le guide d’enquête (check-list) et de constituer les équipes de travail et d’établir un programme d’exécution de l’étude ; iii) l’étude du site pilote et des autres sites. Cette étude a porté sur l’inventaire de la biodiversité sous ses différentes composantes et aspects, dont la faune sauvage, la faune domestique, la flore spontanée, la flore cultivée, le rapport entre la femme et la biodiversité, la cartographie participative simplifiée de la biodiversité. Pour chaque catégorie, l’inventaire spécifique par milieu a utilisé la triangulation combinant les méthodes participatives, les méthodes classiques d’inventaire et les données bibliographiques. Le matériel d’appui est constitué de listes de noms locaux, d’herbiers, de photographies, et d’échantillons frais prélevés sur le site. L’utilisation des différentes espèces et milieux a été également documentée. Le statut de conservation de la biodiversité spécifique a été déterminé en utilisant la perception locale et la terminologie de l’Union Internationale de la Conservation de la Nature (UICN) et par l’identification des facteurs d’influence et de leur hiérarchisation (ISS, triangulation avec confrontation du statut d’espèces cibles le long de transects). La détermination des facteurs de dynamique de la biodiversité a été faite en s’appuyant sur l’analyse de l’évolution des systèmes d’élevage (composition des troupeaux, conduite alimentaire), de la transhumance, des systèmes de cultures accompagnant la sédentarisation, de l’impact de la sécheresse sur l’activité pastorale, les systèmes de culture et la biodiversité et de la démographie et de ses effets sur les ressources. Enfin, une cartographie participative simplifiée de la biodiversité a été réalisée au 1/200 000.
Synthèse des principaux résultats obtenus
Dans le cas de la flore spontanée, l’inventaire spécifique a permis d’établir i) le niveau de la richesse spécifique de la zone pendant une période caractérisée par des conditions climatiques sèches (202 espèces), ii) un taux d’endémisme de l’ordre de 20 / 202, presque 10%, iii) une contribution des espèces annuelles d’environ 40 / 202, soit 19.8%, iv) une variabilité importante de la richesse spécifique par secteur : 164 espèces en haute montagne, 122 espèces en moyenne montagne, 80 espèces au Saghro, 97 espèces dans les plaines et plateaux.
Par rapport à l’ensemble de la zone, la haute montagne apparaît être la plus diversifiée étant donné que 57 espèces ne se trouvent que dans ce secteur.
Par ailleurs, il y a lieu de mentionner des particularités floristiques présentant un intérêt, et dont il s’agit de tenir compte dans l’établissement de programmes de conservation/réhabilitation : peuplement de Pin d’Alep, de frêne dimorphe dans la vallée du Mgoune, de genévrier thurifère, peuplements de Stipa tenacissima et de genévrier rouge en situation limite dans le Saghro, espèces endémiques menacées (Withania adpressa, Convolvulus trabutianus, Anvillea radiata).
La biodiversité écosystémique appréhendée par la combinaison de l’approche classique et l’approche participative se caractérise par l’individualisation de cinq unités floristiques indicatrices de différents milieux écologiques de haute montagne, de transition haute-moyenne montagne, de moyenne montagne, de plaines et plateaux ainsi que ceux du Saghro.
L’état de dégradation est variable selon les types de milieu :
Au niveau de la faune sauvage, l’inventaire de la richesse vertébriologique du versant sud du Haut Atlas et du Saghro, se compose de 115 espèces d’oiseaux, 37 mammifères et 43 reptiles.
Vingt espèces (18%) du fond avien de la région d’étude sont considérées comme rares ou menacées. Les plus menacées sont le Pécnoptère d’Egypte, l’Aigle Royal, le Gybaète barbu, l’Outarde Houbara et la Sarcelle marbrée.
Les mammifères sont représentés par 37 espèces dans le versant sud du Haut Atlas central et le Saghro : i) Les Chiroptères constituent le groupe le plus prépondérant. Ils sont représentés par 10 espèces (soit 33 % des Mammifères inventoriés). La présence de trois autres espèces notamment Rhinophus cafrerii, Rhinophus ferrumequinum et Tarida teniotis est fort probable ; ii) les Rongeurs représentent le second groupe de point de vue numérique. Parmi ces micro-mammifères, deux espèces (la petite gerboise Jacullus jacullus et l’Ecureuil de barbarie espèce endémique du Maghreb) sont de grande importance locale et nationale ; iii) les Carnivores sont représentés dans la région par 8 espèces dont 2 Canidés, 2 Félidés et 2 Mustélidés et un Vevirridé et un Hyaenidé. La panthère et la Hyène rayée semblent encore présentes dans la région. Le Chacal, le chat ganté et la loutre méritent de retenir plus d’intérêt pour leur conservation ; iv) Les Artiodactyles sont représentés par 4 espèces existant en populations résiduelles et très localisées, la gazelle de Cuvier, la Gazelle dorcas, le mouflon et le sanglier.
Les espèces les plus menacées sont la panthère et l’hyène rayée. Les espèces rares sont le mouflon à manchette, la gazelle dorcas et la gazelle de Cuvier. Le chacal doré, la loutre et le chat ganté sont considérés comme des espèces vulnérables.
La région d’étude a la particularité d’héberger dans sa partie sud certaines espèces de reptiles et amphibiens typiquement désertiques notamment la vipère à cornes, le Fouette queue et d’autres représentants des régions méditerranéennes comme la couleuvre Vipérine, la couleuvre de Montpellier, le lézard ocellé et d’Eumecès d’Algérie. La haute montagne est l’habitat de trois espèces d’un grand intérêt à l’échelle nationale et internationale, la vipère de l’Atlas, le lézard d’Andreanszky et le gecko à paupière épineuse.
L’agrobiodiversité locale dans la zone du projet est très diversifiée grâce à la diversité des écosystèmes, le type d’exploitation familiale et les conditions socio-économiques.
L’étude de l’agrobiodiversité réalisée, a mis en évidence une richesse spécifique et variétale. Cinquante-trois espèces différentes reparties comme suit y ont été inventoriées : 7 céréales ; 7 légumineuses ; 11 cultures maraîchères ; 9 condiments ; 13 espèces fruitières ; 6 espèces ligneuses.
La richesse variétale est également significative. En effet, pour le groupe des 14 espèces céréales-légumineuses, 25 variétés différentes essentiellement de type population existent, 36 variétés pour les 20 espèces maraîchères et condiments, et 31 variétés pour les 13 espèces fruitières, 98 variétés au total. Les espèces qui présentent le plus de diversité variétale sont les cultures fruitières, cas du figuier (+6 variétés), du pêcher (+3), du rosier (+3), du noyer (3), de l’amandier (3), de la vigne (3) et du grenadier (3), et chez le maraîchage la courge (4), le navet (4), la carotte (2), l’oignon (2) et la fève (3).
La richesse en agrobiodiversité dans la zone est aussi mise en évidence à travers l’importance du matériel d’origine local dominant de 63,3% chez les céréales et légumineuses, 81,8% chez les cultures maraîchères et condiments et de 86,6% chez les fruitiers.
L’analyse des données collectées à travers cette étude a permis également de dégager certaines différences entre écosystèmes. Les deux écosystèmes de moyenne montagne et de plaines et plateaux sont relativement plus riches en diversité cultivée que la haute montagne. Les deux écosystèmes de montagne préservent encore plus de matériel local (+ 80%) que les zones de plaines, plateaux et Saghro (-75%) ou l’extinction d’espèces et de variétés locales de céréales et légumineuses est également importante. La diversité maraîchère est importante en moyenne montagne et le Saghro et la richesse spécifique fruitière dans les deux écosystèmes de moyenne montagne et de plaines et plateaux.
L’étude réalisée a aussi mis en évidence une certaine évolution de cette diversité cultivée. En effet, certaines cultures et variétés traditionnelles, de bonne valeur nutritionnelle, ont disparu ou régressent rapidement. Par contre, de nouvelles espèces et cultivars peu adaptés prennent de plus en plus d’importance malgré qu’elles nécessitent un entretien intensif et détériorent la qualité de l’environnement, tels les cas de la pomme de terre et du pommier. Les introductions d’espèces nouvelles et de variétés améliorées constituent en effet la principale menace à l’agrobiodiversité car elles sont à la base de l’érosion génétique et l’appauvrissement spécifique. D’autre part, la diversification des productions contribue au bien être de la population. La valorisation du matériel local et des produits de terroir, la sensibilisation de la population, sont essentielles pour contrecarrer cette tendance.
Au niveau méthodologique, l’étude a été réalisée en deux étapes :
Conduite selon deux approches complémentaires, classiques et participatives, cette étude a bénéficié de certains atouts méthodologiques. En effet, les équipes constituées par thématique ont été opérationnelles dès le premier jour de l’étude du site pilote et ont pu maintenir une bonne ambiance et un rythme de travail régulier le long de la période de terrain. Ceci s’est répercuté favorablement sur la qualité des informations collectées.
L’étude n’a pas été cependant sans contraintes. L’une des principales difficultés concerne le concept même de biodiversité et son utilisation dans le contexte local. La notion de biodiversité ne pouvait être explicitée qu’à travers plusieurs exemples. Une autre série de contraintes concerne la terminologie et la phonétique des noms vernaculaires. Ainsi, en établissant l’inventaire spécifique, un même nom pouvait correspondre à plusieurs espèces, par exemple Fertetou englobe tous les types de chauves souris, Agassis l’ensemble des fétuques. A une même espèce correspond plusieurs synonymes et/ou prononciations, comme Azoukini, Izikenou, Izekouni. Dans d’autres cas, il était impossible de déterminer certaines espèces ou variétés disparues qui sont identifiées uniquement par leur nom vernaculaire.
Ce travail a permis également de mettre en relief les impacts négatifs de la pression anthropique sur les ressources naturelles se traduisant par : (1) un recul évident de l’aire d’extension de plusieurs espèces, telles que l’Alfa ou des espèces ligneuses récoltées pour le bois de chauffe, (2) la dégradation du couvert végétal autour des agglomérations et dans la vallée autour de l’oued Dadès à cause du surpâturage et de la collecte du bois de feu, (3) la régression ou la perte totale de certaines cultures traditionnelles spécifiques à la région, (4) la raréfaction d’une catégorie de faune sauvage suite à des pratiques non raisonnées de lutte contre le chacal, de pollution des cours d’eau, de collecte pour usage médicinal ou tout simplement pour le plaisir de chasse et de braconnage.
Les zones difficilement accessibles, encore enclavées, peuvent être considérées comme moins exposées au risque de dégradation irréversible. Elles peuvent servir comme zone de référence pour retracer l’historique de la dégradation de la biodiversité et pour suivre son évolution. L’analyse approfondie de ces types de milieux mérite une attention particulière.
Au niveau de la perception de la biodiversité et de son état par les populations, ces dernières sont conscientes de l’état avancé de la dégradation des ressources et connaissent les causes à son origine. Cependant, les besoins quotidiens des ménages en bois de chauffe, en pâturage et autres usages, conjugués au manque d’organisation sociale et de gestion handicapent toute action de conservation ou de réhabilitation des milieux dégradés.
L’étude de la biodiversité cultivée dans le cadre de ce travail a permis de faire un inventaire de toutes les espèces cultivées dans la zone et leur distribution selon les localités. Cette diversité s’est révélée riche, importante et constituée principalement de matériel local. Cependant, cette estimation à l’aide de l’approche participative a présenté des contraintes et a sous estimé la diversité cultivée réelle et a été souligné à l’occasion des ateliers de restitution et de rapports. La population locale classe en effet sous le terme local ou beldi toutes les variétés, écotypes et clones qu’elle exploite traditionnellement et sous le terme amélioré ou « Romi » tous les cultivars introduits. Par conséquent, toute la diversité intra-spécifique, d’importance sans équivoque dans ce type d’étude, a été ainsi soustraite.
Principales recommandations de l’étude :
En plus de la formation ciblée pour les des différents partenaires impliqués dans la gestion des ressources naturelles, ainsi que le suivi de la biodiversité pour lequel des indicateurs ont été proposés, les actions recommandées ont trait à :
Mots clés
Versant Sud Haut Atlas/Saghro/Site Pilote/Autres Sites/Inventaire participatif/Biodiversité/diversité écosystemique/diversité floristique/diversité cultivée/diversité faunistique/cartographie participative de la biodiversité/état des ressources. |