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Etude participative relative au savoir local

Objectifs de l’étude
 
En dehors du renforcement des capacités de l’équipe du projet, l’étude avait comme objectif, essentiellement, la définition et la reconstitution du savoir technique local en matière de :
 
  • La gestion de l’espace pastoral ;
  • La gestion du cheptel transhumant ;
  • La gestion du foyer transhumant ;
  • La maîtrise et l’appréciation des changements climatiques utilisés par les communautés.
 
Approche méthodologique adoptée
La méthodologique adoptée s’est basée sur l’approche participative. Ainsi, savoir local a été diagnostiqué à l’aide des techniques et des instruments appropriés de l’approche participative. Le travail a été réalisé en plusieurs séquences à savoir :
 
  • Séquence de préparation et de documentation ;
  • Séquence d’exploration ;
  • Séquence de diagnostique approfondi,
  • Séquence d’analyse
 
Synthèse des principaux résultats obtenus :
 
L’étude a fourni un ensemble de données sur les historiques des Aït Sdrates en décrivant les différents groupes :de la moyenne vallée du Dades ; de la plaine et les habitants du Jbel Saghro. L’étude a précisé les différentes relations qui existaient et qui existent encore entre ces groupes dans l’exploitation des espaces.
 
Pour la gestion du foyer transhmant, l’étude a rapporté l’existance de quatre types d’éleveurs : Transhumants de longues amplitudes (S3) ;Transhumants de moyennes amplitudes (S2) ; Transhumants de courte amplitude (S1). Elle a défini la structure familiale de chaque type, la structure et le type d’habitats (humain et animal) pratiqué par les transhumants et le savoir des transhumants en matière d’ approvisionnement des foyers en produit de différents usages . Elle a précisé le rôle de la femme dans les activités par rapport à son homologue homme aussi bien au niveau des travaux de production que ceux de reproduction ainsi que son savoir en matière de confection des outils à usage domestique y compris l’artisanat. Au niveau de ce volet, l’étude a montré que le savoir s’accumule avec l’âge et la pratique. Toutefois, les fréquentations et les relations avec l’extérieur peuvent l’enrichir, l’évoluer et le façonner. Plus le Transhumant est mobile et cherche à développer son patrimoine de connaissances et ses compétences plus son savoir est marquant, ingénieux et évolutif. Quel que soit le foyer, le savoir ne diffère pas entre l’homme et la femme, mais l’exécution et l’application de celui-ci se fait par l’homme ou/et la femme selon les cas.
 
En matière d’utilisation des ressources naturelles, l’étude a montré que celle-ci est relativement riche mais leur exploitation ne tient pas compte de la durabilité. Cette utilisation aveugle est tributaire de plusieurs facteurs liés à l’intérêt que portent les riverains à ces ressources et dépens également de leurs conditions socio-économiques. En effet, parmi les utilisateurs nombreux ceux qui ne sont pas impliqués directement ou indirectement dans l’élevage. D’autres sont impliqués mais par nécessité de survie ne considèrent plus leur savoir.
 
Concernant l’utilisation des ressources naturelles dans la médication traditionnelle humaines et animales, il a été démontré à travers l’étude que la médication humaine utilise plus les ressources naturelles que celle animale, mais à moindre comparativement à d’autres régions.
 
L’identification du savoir local en conduite et en gestion du foyer a montré une homogénéisation dans son contenu et sa transmission mais une différence dans sa pratique et son maintien. Cette différence dépend de l’influence de divers facteurs (taille des troupeaux, conditions climatiques, la disponibilité de la main d’œuvre, la volonté de rester transhumant). Cette différence fait que certaines pratiques restent stables d’autres évoluent.
 
L’étude a décelé l’évolution relativement plus significative au niveau du savoir qui gère le cheptel par rapport au patrimoine de connaissances qui gère le foyer. Les raisons de cette différence et son impact sur la vie quotidienne des transhumants ont été précisées. Par contre, il a été noté que les changements enregistrés au niveau des pratiques de la transhumance auraient certes un impact positif sur les femmes et les enfants.
 
En matère gestion du cheptel : Les éleveurs transhumants sont conscients de l’importance de l’adaptation des animaux au milieu local (ressources pastorales, topographie, abreuvement, froid). Ils sont donc sceptiques eu égard à l’introduction de génotypes non adaptés au milieu. Cependant, ils ont des préférences pour des géniteurs de régions avoisinantes (surtout Imgoun), de même race, mais de taille supérieure. La sélection intra-race des animaux est justifiée scientifiquement pourvu qu’elle se base en grande partie sur les performances de la descendance. Cependant, la validité de l’utilisation de la longueur des oreilles comme critère de sélection reste à prouver.
 
Les éleveurs/bergers ont développé un savoir non négligeable lié aux facteurs pouvant affecter les composantes de la productivité. La supplémentation des animaux étant un de ces principaux facteurs. Cependant, ils ne perçoivent l’intérêt de cette pratique qu’en période de disette alimentaire, quand les animaux maigrissent. Certes, les éleveurs tendent à minimiser les charges alimentaires, mais la supplémentation des animaux pendant quelques périodes critiques est bénéfique pour le troupeau tant en mauvaise année qu’en bonne année.
 
Le savoir local lié aux maladies des animaux est important, mais l’efficacité des traitements utilisés n’est pas toujours élevée. Le recours aux traitements modernes (surtout les déparasitages) serait d’un grand intérêt pour les éleveurs.
 
Concernant les résultats du savoir local en matière de gestion de l’espace pastoral l’analyse de l’étude s’est basée en premier lieu sur la confrontation des informations collectées auprès des populations cibles et celles relevées lors de l’analyse documentaire concernant les études réalisées sur des thèmes similaires (Azimani, 1992, Hammoudou,1989 Kamil, 1992, Ramdane, 1991) ; et en deuxième lieu en comparaison avec les normes scientifiques. D’une manière générale le savoir local en matière de gestion de l’espace pastoral se présente par ordre importance comme suit :
 
  1. Les Aït Sedrate, toute catégorie confondue, ont une connaissance parfaite de leur finage sur le plan spatial (relief, répartition des différents parcours et quartiers de pâturage, infrastructures, potentialités et contraintes….).
  2.  En matière d’appréciation des ressources surtout végétales, du type classification et différenciation entre les différentes catégories de plantes, les connaissances des éleveurs sont simples en apparence mais elles dénotent une maîtrise des critères pertinents pour arranger les plantes dans des catégories fonctionnelles en relation avec la valeur pastoral des plantes. Cependant, ces connaissances restent relativement limitées en comparaison avec d’autres groupes occupant un espace similaire (Aït Zekri décrits par Azimani). En effet, les Aït Sedrate reconnaissent deux catégories de plantes seulement (Touga et Iffessi) avec tout de même des confusions entre ces deux catégories. La notion de L’khalf (régénération) reste aussi générale et ne distingue pas entre la régénération sexuée et végétative. Les connaissances concernant la biologie des espèces clés restent aussi moyennement maîtrisée malgré leur importance économique et écologique.
 
D’autres savoir ont été analysés chez les transhumants comme le savoir en matière de : climat et facteur d’appréciation de changements, biodiversité, utilisation des plantes dans la médication, résolution des conflits, analyse institutionnelle, savoir selon le genre en prise de décision au niveau familiale et au niveau communautaire, etc.
 
Principales recommandations de l’étude
Les principales recommandations de l’étude sont :
 
  • Intervention urgente des institutions concernées pour arrêter l’exploitation aveugle et non réfléchie des ressources naturelles. Ces institutions, d’après les populations, sont les autorités locales, la CR, et l’ORMVAO ;
  • Organisation des transhumants par l’ORMVAO et les autorités locales ;
  • Mise en place de structures spéciales pour les transhumants (école, dispensaire, ponts, pistes, puits,…) ;
  • Instaurer les concours et autres activités encourageant les transhumants ;
  • Sensibiliser les transhumants à mieux traiter les enfants qui se spécialisent dans la transhumance.
 
Afin d’améliorer les conditions de vie des transhumants, des efforts d’innovation sont à faire à travers la sensibilisation. Ces efforts devraient se localiser au niveau :
  • Des structures de l’habitat et de son aménagement intérieur pour réduire la pénibilité des femmes ;
  • Des technologies domestiques qui peuvent alléger et réduire la charge quotidienne des femmes et assurer leur confort ;
  • De l’amélioration du savoir des femmes et des hommes pour les pratiques de stockages et de transformation des produits alimentaires pour faire face aux périodes vulnérables et offrir une alimentation équilibrée à la famille.
  • De l’adaptation du savoir domestique aux changements sociaux, économiques et climatiques afin que la transhumance résiste aux périodes de crise ;
  • De la concrétisation du savoir de l’exploitation des ressources dans la pratique ou de son amélioration en cas d’ignorance ;
  • De la valorisation du savoir des femmes en artisanat et autres activités non agricoles.
 
Mots clés
Savoir local des éleveurs/ gestion du cheptel transhumant/ conduite de l’élevage transhumant/ gestion des parcours/ gestion du foyer transhumant/ appréciation des changements climatiques utilisés par les communautés/ savoir en biodiversité/ la gestion des crises/ savoir et pratique selon le genre chez les transhumants/ transmission du savoir.